En prévision de la saison chaude, les autorités renforcent la prévention des risques en Polynésie : reconnaissances aériennes aux embouchures de Tahiti et Moorea, élagage accéléré, repérage des zones exposées aux éboulements et curage de la Papeava. Papara se prépare à un possible épisode El Niño, tandis que les Marquises s’inquiètent de la sécheresse.
Missions de reconnaissance aérienne au-dessus des embouchures de Tahiti et Moorea ; Le rythme des interventions s’accélère pour les professionnels de l’élagage ; À Tahiti, Moorea et Bora Bora, des géologues parcourent actuellement les zones exposées aux glissements de terrain et aux éboulements ; Une opération de curage est en cours sur un tronçon de 200 mètres de la Papeava, en amont de la zone industrielle de Fare Ute ; Le conseil municipal de Papara se mobilise en vue de l’intensité potentielle du phénomène El Nino ; Par contre, aux Marquises, on s'inquiète des effets d'une sécheresse qui commence à s'installer...
# Les Forces armées en Polynésie ont effectué ces derniers jours des missions de reconnaissance aérienne au-dessus des embouchures de Tahiti et Moorea. Des vols d’hélicoptère à basse altitude, avec à bord un officier de la protection civile, pour « identifier les principaux obstacles » présents dans les cours d’eau, et qui pourraient, s’ils n’étaient pas bûcheronnés et évacués, provoquer des inondations lors de la saison des pluies qui arrive à grand pas. Une saison d’autant plus à risque qu’un El Nińo intense s’est installé sur le Pacifique.
Six heures de vol « à très basse altitude et à faible vitesse », pour l’hélicoptère Dauphin de la flotille 35F. Il s’agissait, comme le précisent les Forces armées en Polynésie française, « d’identifier et de localiser les principaux obstacles présents dans les cours d’eau, notamment les arbres tombés ou menaçants » dans les principales embouchures de vallées de Tahiti et Moorea. Une mission de « reconnaissance aérienne » effectuée à quelques semaines du début de la saison cyclonique, qui débute officiellement, dans le calendrier officiel, au début du mois de novembre.
Un officier de la Direction de la protection civile était d’ailleurs embarqué à bord de l’hélicoptère, avec comme mission de « transmettre aux communes les informations nécessaires aux opérations de bûcheronnage et de débroussaillage ». La mission permet donc de « mieux anticiper les risques liés aux intempéries », et de « faciliter l’action des secours » en « contribuant également à améliorer la connaissance du terrain et à préparer les futures interventions des secours en cas d’urgence ». Bref, en cette année marquée par un phénomène El Niño d’une intensité potentiellement record, l’armée aussi prépare la saison des pluies.
Les cours d’eau surveillés par hélicoptère avant la saison cyclonique (Radio 1)
# “Mieux vaut prévenir” : depuis plusieurs semaines, le rythme des interventions s’accélère pour les professionnels de l’élagage. Certains plannings sont quasiment bouclés jusqu’ŕ fin novembre. En cause : un risque cyclonique marqué par un phénomène El Nińo particulièrement intense, qui pousse les propriétaires à sécuriser leurs biens à l’aube des vigilances météorologiques.
En Polynésie française, la saison cyclonique, qui s’étend de novembre à avril, est synonyme d’épisodes où les éléments, le vent comme la pluie, se déchainent. Cette année, la menace d’un Super El Niño pourrait accentuer le risque cyclonique, dont le niveau d’intensité devrait être précisé dans les prochaines semaines par les autorités. Tandis que les communes actualisent leur Plan communal de sauvegarde (PCS), les Forces armées en Polynésie française (FAPF), en partenariat avec la Direction de la protection civile (DPC), ont récemment effectué une mission de reconnaissance aérienne au-dessus des embouchures des vallées de Tahiti et Moorea pour localiser les arbres menaçant l’écoulement des cours d’eau, afin de déclencher les interventions nécessaires.
Dans ce contexte, les professionnels de l’élagage sont à pied d’œuvre. Les entreprises spécialisées confirment un regain d’activité ces dernières semaines.
(…) Particuliers, entreprises, établissements scolaires et autres services publics : tous les secteurs sont concernés par cet enjeu de sécurité, en zone urbaine comme en zone rurale. S’ils restent rares, les accidents mortels existent, comme ceux survenus à Papeete, Tautira, Moorea ou encore Rikitea entre 2024 et 2026.
(…) L’élagage ou l’abattage est préconisé au cas par cas, selon le positionnement et l’état de l’arbre.
(…) La plupart des interventions se font au harnais, parfois à la nacelle quand la situation l’exige. Lorsque les découpes ne peuvent pas tomber au sol, des techniques de rétention sont mises en œuvre. Globalement, les tarifs oscillent entre 20.000 et plusieurs centaines de milliers de francs selon le volume et les contraintes propres à chaque intervention.
(…) Une profession exigeante qui ne connaît pas la crise au Fenua, où le climat tropical est associé à une végétation foisonnante. À l’échelle du territoire, le chantier est d’ailleurs colossal : lors des fortes intempéries, des portions de route sont régulièrement bloquées par des chutes d’arbres. Si le problème est souvent réglé en quelques heures sans faire de blessé, les désagréments sont parfois de plus longue durée pour les usagers. En début d’année, la dorsale de Afaahiti s’est ainsi retrouvée paralysée pendant plusieurs semaines. Les câbles électriques et les réseaux hydrauliques sont aussi fréquemment impactés.
Les élagueurs face au risque cyclonique (Tahiti Infos)
# À Tahiti, Moorea et Bora Bora, des géologues parcourent actuellement les zones exposées aux glissements de terrain et aux éboulements. Leurs observations permettront d’actualiser la cartographie des risques, qui sert notamment de référence pour l’instruction des permis de construire.
Pour les habitants installés au pied des falaises, le moindre éboulement ravive les inquiétudes. Dans certaines zones, les blocs rocheux peuvent menacer directement les habitations.
(…) Face à ces risques et à l’extension de l’urbanisation vers les hauteurs, la Polynésie française actualise sa cartographie des zones vulnérables à Tahiti, Moorea et Bora Bora. Cette démarche s’inscrit dans la continuité du programme ARAI, engagé en 2002. Le marché actuel représente un montant de 34 millions de Fcfp.
« Le cœur de métier de la DCA, c’est d’informer la population sur la cartographie relative aux risques naturels pour pouvoir ensuite réaliser leurs projets d’aménagement. […] Forcément aujourd’hui, toutes les plaines sont urbanisées, construites, donc les gens ont plus tendance à aller vers les montagnes. Donc ces études ont vraiment toute leur importance aujourd’hui », explique Ian Vanizette, directeur de la Construction et de l’Aménagement (DCA).
Durant un mois et demi, trois binômes de géologues arpentent le relief. Leur mission consiste à repérer les roches instables et à étudier les traces laissées par de précédents mouvements de terrain afin de mieux anticiper les risques futurs.
(…) La restitution complète de ces expertises de terrain est attendue d’ici juin 2027. Une fois actualisées, ces données serviront notamment de référence à la DCA pour accorder ou refuser les permis de construire dans les secteurs concernés.
La Polynésie française actualise sa cartographie des zones à risques (TNTV)
# Une opération de curage est en cours sur un tronçon de 200 mètres de la Papeava, en amont de la zone industrielle de Fare Ute. Boues, végétaux et déchets sont retirés afin de faciliter l’écoulement des eaux. En aval, les entreprises, déjà touchées par des inondations, restent toutefois vigilantes
Les pelleteuses sont à pied d’œuvre dans le lit de la Papeava. À l’approche de la prochaine saison des pluies, la Direction de l’équipement a entrepris le curage d’un tronçon de la rivière situé en amont de la zone industrielle de Fare Ute, à Papeete.
La Papeava fait partie des cours d’eau sensibles de la capitale, dans un secteur particulièrement urbanisé. En plus de son écoulement naturel, elle recueille les eaux pluviales de plusieurs quartiers de Papeete. L’opération consiste donc à retirer les boues, la végétation, les déchets et les embâcles accumulés afin de rétablir la capacité hydraulique du cours d’eau.
(…) En aval, dans la zone industrielle de Fare Ute, la rivière reste une source d’inquiétude. Plusieurs entreprises ont déjà subi des inondations ces dernières années. Chez Kim Fa, malgré des locaux rehaussés, l’eau s’est déjà infiltrée dans les entrepôts et dans la salle de stockage du vin.
(…) Si le curage rassure, les entreprises espèrent que le lit de la rivière sera également surveillé jusqu’à son embouchure. Autre motif d’inquiétude : certains regards d’égout sont déjà presque bouchés dans les allées de la zone industrielle.
(…) La Direction de l’équipement indique avoir fortement augmenté le nombre de ses interventions sur les cours d’eau de Tahiti. « On se prépare au phénomène El Niño, particulièrement aux épisodes de fortes pluies. Pour ça, on a pratiquement triplé le nombre de curages que l’on effectue sur l’île de Tahiti depuis l’année 2025. En 2024, on était à 100 opérations et on est passé à plus de 300 opérations en 2025. On poursuit sur cette lancée en 2026 », précise Jordy Chan, ministre des Grands Travaux et de l’Équipement.
Le Pays rappelle enfin aux riverains que les branches et les troncs d’arbres amassés sur les berges ne doivent pas être jetés dans les cours d’eau. Ils peuvent former des embâcles et rapidement entraver l’écoulement de l’eau.
À Papeete, la Papeava curée avant la saison des pluies (TNTV)
# Samedi 10 octobre, le maire de Papara, Mike Teissier, et son conseil municipal ont rencontré le ministre des Grands travaux, de l’Équipement et de la Décentralisation, Jordy Chan, pour faire avancer plusieurs dossiers concernant la commune, notamment en vue de l’intensité potentielle du phénomène El Nino prévue dans quelques semaines.
Hier, le maire de Papara, Mike Teissier, et son conseil municipal ont reçu le ministre des Grands travaux, de l’Équipement et de la Décentralisation, Jordy Chan, ainsi que des représentants du Pays pour une réunion de travail consacrée au développement de la commune et du sud de Tahiti.
Parmi les priorités principales figuraient notamment l’accélération du curage de la rivière Taharu’u, dû aux risques liés au phénomène climatique El Niño, et la création d’un nouveau pôle administratif. Ce dernier respectera des exigences environnementales précises.
À Atimaono, plusieurs projets destinés à soutenir le secteur primaire et l’agriculture avaient également été confirmés. Ils comprennent un centre administratif, des ateliers relais, des zones de stockage et le pôle de recherche collective Vivrier.
Un accompagnement de proximité sera aussi mis en place avec l’entreprise chargée des travaux pour mieux informer les riverains.
Papara : Plusieurs projets de réaménagements et de sécurisation prévus dans la commune (Polynésie 1ère)
# Depuis plusieurs années, les Marquises subissent des épisodes de sécheresse intenses. Les habitants ont appris à vivre avec, même si les prévisions d'un fort El Niño font craindre le pire. Le maire de Ua Pou s'estime chanceux d'avoir au moins l'accès aux soins, grâce aux deux médecins installés sur l'île.
Les questions de Polynésie la 1ère
- On a parlé cette semaine des problèmes d'approvisionnement à Hiva Oa avec une pénurie d'essence et de gaz. Est-ce qu'il y a suffisamment de bateaux qui desservent les Marquises ? Est-ce que vous avez, vous aussi, parfois des problèmes de ravitaillement à Ua Pou ?
- On parle beaucoup d'un El Niño record cette année. Est-ce que vous en sentez déjà les effets, avec peut-être une sécheresse qui commence à s'installer ?
- Et pour la sécheresse, comment est-ce que vous pouvez vous préparer ? Vous faites des stocks d'eau ?
- Autre sujet d'actualité : la pénurie de médecins. On en parle aux Gambier, à Raiatea, aux Australes et même à Tahiti. C'est un problème global. Comment faites-vous pour assurer la continuité des soins à votre population ?
(…)
Lire les réponses du maire…
Ua Pou souffre du manque d'eau, et El Niño fait craindre le pire (Polynésie 1ère)

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