Répondant à une consultation publique concernant le "déroctage" du corail qui borde la passe de Papeete pour accueillir des porte-containers de plus grande capacité, un collectif d'associations de protection de l'environnement souligne plusieurs points préoccupants et liste une dizaine de préconisations ; La commune de Faa'a vient de lancer un appel d'offres pour mettre en conformité la décharge de Mumuvai. Derrière cette procédure administrative, un contentieux judiciaire qui dure depuis plus de dix ans ; À Paea, après le blocage des camions de la commune venus (en février dernier) jeter les déchets verts au fond de la vallée de Orofero, un conseil municipal extraordinaire a décidé de tout suspendre. Un grand broyeur a déjà été commandé par la commune. Il devrait entrer en service dès le mois d’avril... ; Nouveau rebondissement dans le projet de centre d’enfouissement technique (CET) de Faaroa, à Raiatea. Le conseil municipal, s'y oppose alors que le gouvernement s’est au contraire positionné clairement en faveur de ce projet ; 709 kg de déchets ont été ramassés en face du cimetière de Papara par des bénévoles de l’association Mama Natura, trois mois seulement après une opération similaire. Face aux incivilités qui perdurent, les bénévoles ont choisi de planter plusieurs arbres pour “reconnecter les gens à la nature” et “donner de l’ombre et des fruits” ;
Dans un courrier adressé à la Diren, un collectif de six associations, dont la Fape, soulève plusieurs “lacunes” dans l’étude d’impact sur l’environnement portant sur le projet d’augmentation du tirant d’eau de la passe de Papeete, dont les travaux doivent débuter en 2027. Dans le cadre de la consultation publique qui s’est achevée fin mars, elles formulent une dizaine de préconisations, invitant le Port autonome à faire preuve “d’exemplarité” pour compenser l’impact du chantier.
Du 23 février au 31 mars, l’étude d’impact sur l’environnement (EIE) sur le projet de déroctage de la passe de Papeete faisait l’objet d’une consultation publique. Objectif des travaux : gagner 1,5 mètre pour passer de 12,5 à 14 mètres de profondeur, afin de permettre le passage de navires au tirant d’eau plus important. Comme précisé dans notre précédent article sur le sujet (Passe de Papeete : un déroctage stratégique pour accueillir les grands porte-conteneurs)*, depuis plusieurs années, les principaux porte-conteneurs ne sont chargés qu’à environ 70 % de leur capacité pour limiter le tirant d’eau ; le risque étant à terme de devoir passer par des navires intermédiaires de plus petit gabarit pour acheminer les marchandises après une première étape en Australie ou en Nouvelle-Zélande, avec une hausse des prix à l’arrivée pour les consommateurs et une fragilisation de la chaîne logistique.
Le 30 mars, à la veille de la clôture de la consultation publique, un collectif de six associations a adressé un courrier à la Direction de l’environnement (Diren), ainsi qu’au Port autonome, porteur du projet, et à la mairie de Papeete. La Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape), l’antenne Pacifique du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Tama no te Tairoto, Ocean Shiver, l’Observatoire des requins et raies de Polynésie et Fatu Fenua no Makatea, cosignataires de l’avis, soulignent plusieurs points préoccupants.
(…) Parmi les précisions et approfondissements attendus, le collectif déplore “l’absence d’un état initial complet des zones concernées par les travaux, ainsi que des zones adjacentes”. “Une lacune” qui limite l’évaluation des “impacts réels” du projet. (…) Le collectif liste une dizaine de préconisations (lire l'encadré dans l'article), appelant le maître d’ouvrage à proposer des mesures de compensation en lien avec le Plan d’actions 2024-2028 de l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) en Polynésie française, co-construit par les forces vives du Fenua, dont le Pays et l’État.
(…). Contacté, le directeur du Port autonome de Papeete, Jean-Paul Le Caill, qui s’était déjà dit prêt à ajuster l’organisation du chantier si des impacts environnementaux majeurs étaient soulevés lors de la consultation, nous a indiqué que “les propositions sont en train d’être analysées par notre bureau d’études”. Le délai d’examen serait fixé à fin avril, tout en sachant que le Port autonome reste également dans l’attente des conclusions de la Diren. (…)
* Le Port autonome de Papeete s’apprête à engager un nouveau déroctage de la passe. Objectif : gagner 1,5 mètre de profondeur pour sécuriser l’arrivée des navires et éviter un surcoűt des approvisionnements. Les travaux pourraient débuter en 2027, sous réserve des avis recueillis lors de la consultation publique. Le projet est technique, mais ses enjeux sont très concrets pour le quotidien des Polynésiens. Le Port autonome de Papeete prévoit d’approfondir la passe d’accès au port de 1,5 mètre. Aujourd’hui, la profondeur est de 12,5 mètres ; elle serait portée à 14 mètres afin de permettre l’entrée de navires au tirant d’eau plus important. Au total, environ 25 000 m³ de matériaux devront être extraits. Le déroctage concernera du corail reposant sur un substrat basaltique. Une opération similaire avait déjà été menée il y a une quinzaine d’années, permettant de gagner un mètre de profondeur. Mais cela n’a pas suffi à absorber l’évolution du transport maritime.
# La commune de Faa'a vient de lancer un appel d'offres pour mettre en conformité la décharge de Mumuvai. Derrière cette procédure administrative, un contentieux judiciaire qui dure depuis plus de dix ans.
La date limite est fixée au 28 avril 2026. La mairie de Faa'a recherche un bureau d'études chargé d'une mission de maîtrise d'œuvre pour la régularisation des installations de la décharge de Mumuvai. Un marché en procédure adaptée, discret dans sa forme, mais lourd de sens. Il intervient sous contrainte : en juin 2024, le tribunal administratif de Papeete a imposé à la commune de déposer une demande d'autorisation au titre de la législation sur les installations classées, sous astreinte de 150 000 francs par jour de retard.
La décharge existe depuis les années 1960, née d'un accord verbal entre l'ancien maire Francis Sanford et des familles propriétaires. Elle s'étend aujourd'hui sur plus de 62 000 m² et concentrerait plus de 700 000 tonnes de déchets en surface. (…)
Mise en conformité de Mumuvai : Faa'a cherche un maître d'œuvre pour régulariser la décharge vieille de soixante ans (Polynésie 1ère)
Pour rappel: La gestion de la décharge de Mumuvai à Faa'a sur le gril de la Justice , in Nuisances environnementales: entre solutions et répression (AvA-Infos) 20/05/25.
# À Paea, après le blocage des camions de la commune (en février dernier) venus jeter les déchets verts au fond de la vallée de Orofero, un conseil municipal extraordinaire a décidé de tout suspendre. Plus aucun camion ne (pouvait) passer avant les élections municipales.
(…). "Le conseil a pris une décision de terminer les 3 autres secteurs qui restent à collecter et puis de suspendre en attendant le broyeur et de voir comment on peut reprendre le ramassage. C'est vraiment une contrainte parce qu'actuellement, le seul site qu'on avait prévu était Orofero pour les déchets verts, et on était obligé de débarrasser Tiapa immédiatement aussi", explique Lucien Tupea, responsable de la voirie et de la propreté pour la commune de Paea. Lors de ce conseil municipal extraordinaire, une vingtaine d’habitants se sont mobilisés et sont venus assister aux débats. En quelques chiffres, la commune de Paea produit environ 17 000 mètres cubes de végétaux chaque mois.
(…). Pour certains, ces déchets représentent une véritable ressource, utile pour nourrir la terre et fertiliser les sols. (…). Un grand broyeur a déjà été commandé par la commune. Il devrait entrer en service dès le mois d’avril. En attendant, les déchets verts seront acheminés vers le site de Tiapa.
Les déchets verts ne sont plus déversés à Orofero jusqu'à nouvel ordre (Polynésie 1ère) 24/02/26
# Nouveau rebondissement dans le projet de centre d’enfouissement technique (CET) de Faaroa. Après avoir déjàverbalement donné son opposition au projet, le maire de Taputapuātea, Thomas Moutame, a fait voter par le conseil municipal nouvellement élu, son opposition concernant le projet d’implantation d’un CET sur le domaine de Faaroa.
“Après étude du projet et au regard de ses impacts potentiels sur l’environnement, la santé publique et le cadre de vie des habitants, le conseil municipal exprime son opposition ferme à cette implantation”, explique un communiqué de la mairie de Taputapuātea relatif au projet d’implantation d’un centre d’enfouissement technique (CET) des déchets sur le domaine de Faaroa. “Le conseil municipal appelle les autorités compétentes à reconsidérer ce projet et à engager une concertation élargie afin d’identifier des alternatives adaptées et acceptables pour la population.”
Cette opposition intervient alors que le gouvernement s’est au contraire positionné clairement en faveur de ce projet de CET.
(…) Malgré l’opposition d’une partie des habitants de Raiatea, le gouvernement affirme que “les éléments à disposition établissent que le choix du site d'implantation a reposé sur des études et contraintes objectives” et que les éléments publics “démontrent que l'association qui combat le projet depuis de nombreuses années a eu l'occasion de faire part de sa position auprès des instances”.
Des arguments qui ne chantent pas aux oreilles du conseil municipal de Taputapuātea qui maintient pour sa part que “le domaine de Faaroa accueille de nombreuses exploitations agricoles, ainsi que des projets structurants d’agriculture et d’agrotransformation en plein développement”. (…)
Taputapuātea opposé au CET de Faaroa (Tahiti Infos)
Pour rappel:
La mise en place d’un Centre d’enfouissement technique (CET) dans la vallée de Faaroa, à Raiatea, n'est pas sans inquiéter les associations de l'Île sacrée, in La toujours actuelle problématique de la gestion des déchets (AvA-Infos)25/03/2025
#Samedi matin (11/04), 709 kg de déchets ont été ramassés en face du cimetière de Papara par des bénévoles de l’association Mama Natura, trois mois seulement aprčs une opération similaire. Face aux incivilités qui perdurent, les bénévoles ont choisi de planter plusieurs arbres pour “reconnecter les gens à la nature” et “donner de l’ombre et des fruits”.
Des gants, des pinces et une énergie à la hauteur du désastre environnemental. Ce samedi, une vingtaine de bénévoles ont répondu à l’appel de l’association Mama Natura, qui organisait une nouvelle matinée de nettoyage à Papara, entre la forêt située en face du cimetière et le pont de l’est. Les déchets se sont rapidement amoncelés : canettes, bouteilles en plastique, encombrants divers, batteries, outils usagés, cigarettes électroniques, pneus... et une impressionnante collection de bouteilles en verre !
(…) Malgré la pose de blocs de pierre par la commune il y a quelques années, le terrain est toujours en proie aux incivilités. Une situation qui désole Orla Johnston, résident de Papara qui a décidé de se joindre à l’initiative… (…) Le verdict est tombé en fin de matinée, après la pesée et la découverte d’un nouveau dépotoir : au total, ce sont 709 kg de déchets qui ont été extraits d’une nature luxuriante.(…). Pour la première fois, l’association Mama Natura a décidé de laisser une trace de son passage, à sa façon. Après avoir fait place nette, les bénévoles ont unis les dernières forces qui leur restaient pour planter plusieurs arbres fruitiers, dont un cocotier nain, un manguier et une variété de ‘autera’a.
(…). Mama Natura poursuit sans relâche ses actions sur le terrain. Le prochain rendez-vous est fixé au samedi 18 avril à Mahina, sur la plage de Ahonu, en partenariat avec des étudiants américains dans une démarche de science participative. En juin, c’est un projet de dépollution des plages aux Tuamotu qui se profile autour de la Journée mondiale de l’océan.
Des arbres contre les déchets à Papara (Tahiti Infos)

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