Les autorités françaises ont intercepté en un mois trois cargaisons de cocaïne - 11,5 tonnes - rejetées en pleine mer, dans la zone maritime de la Polynésie française. Quelles conséquences pour l’environnement et les populations des île ? ; Une photo générée par IA et publiée sur Facebook prétend montrer des militaires de la marine nationale jeter de la cocaïne dans l’eau d’un lagon, à proximité immédiate des côtes du fenua. ; “Tous les éléments qui la composent sont mensongers et uniquement destinés à la désinformation", répond le haut-commissaire qui menace de porter plainte ;  Le Tavini Huiraatira, de son côté, brandit le traité BBNJ sur la protection de l’environnement en haute mer.

 

 

 

# Depuis le début de l’année 2026, les saisies de cocaïne s’enchaînent en Polynésie française, atteignant des niveaux records. Navires arraisonnés en haute mer, conteneur intercepté par les douanes : au total, 11,5 tonnes de drogue ont été saisies. Le haut-commissaire de la République a tenu une conférence de presse dédiée à la lutte contre les narcotrafics.
(…) « Il n’y a pas de rejet de plastique, il y a juste les produits stupéfiants qui sont dilués par petites quantités sur des périodes très longues, de plusieurs heures, pour utiliser au maximum la dilution de l’océan. Et tout ça se produit très loin des côtes, à l’extérieur de la ZEE, à l’extérieur de l’air marine protégée, pour éviter tout impact sur l’environnement » ajoute le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant des forces armées en Polynésie française. (…)

1,5 tonnes de cocaïne saisies depuis janvier : une destruction en mer « sans rejet de plastique », loin des côtes (TNTV)

 

# En un peu plus d'un mois, les autorités françaises ont intercepté trois cargaisons de cocaïne - 11,5 tonnes - en pleine mer, dans la zone maritime de la Polynésie française. La méthode de destruction de la drogue, "jetée" loin des aires marines protégées, interroge une biologiste marine brésilienne, qui rappelle que des squales de Rio et des Bahamas ont déjà été testés positifs à la substance, sans que l'on connaisse les conséquences sur le comportement des animaux.
Les requins du fenua, pêchés à la ligne ? Les saisies de cocaïne en pleine mer par les services de l’État dans la zone maritime de la Polynésie française (11,5 tonnes au total en quelques semaines) et l’utilisation accrue de semi-submersibles par les trafiquants internationaux confirment que le Pacifique-Sud est devenu une autoroute de transit vers les marchés lucratifs d’Australie et de Nouvelle-Zélande.
De quoi inquiéter les autorités luttant contre le narcotrafic, mais pas seulement. Interviewée par le média Australien ABC News, Natascha Wosnick, zoologiste et spécialiste de la vie marine à l’Université fédérale du Paraná (Brésil), s’émeut de la méthode employée pour détruire les cargaisons, en l’occurrence en les immergeant directement sur zone.
(…) Selon la chercheuse, le rejet massif de substances psychoactives dans un point précis de l’océan n’est pas sans conséquence. « Les courants sont partout, et si quelqu’un déverse une énorme quantité de drogue dans l’océan Pacifique, elle peut se propager très loin et affecter la faune sauvage de manières que nous ne comprenons toujours pas (…). Les requins et les autres espèces marines ne sont pas physiologiquement équipés pour filtrer de telles drogues de leur système », explique-t-elle à ABC. (…). Les effets comportementaux immédiats (agressivité ou léthargie) sur les requins ne sont toutefois pas encore documentés.

Cocaïne jetée en mer : une scientifique s’inquiète des retombées sur les requins du Pacifique (TNTV)
 

# Depuis le début de l’année, 11,5 tonnes de cocaïne ont été saisies au large des eaux polynésiennes, dont cinq tonnes détruites en mer début janvier. Si les autorités françaises assurent que ces opérations sont légales et sécurisées, le parti Tavini Huiraatira dénonce une pollution des eaux et réclame un droit de regard polynésien sur toute intervention dans la zone économique exclusive.
Le 16 janvier, Polynésie La 1ère rapportait la destruction en mer de cinq tonnes de cocaïne saisies sur un navire suspect togolais, au nord de Bora Bora. Cette opération constitue l’une des plus importantes saisies jamais enregistrées dans la zone maritime française. Le Haut-commissariat assure que la procédure d’immersion est "régulièrement utilisée par les services de lutte contre le trafic de stupéfiants dans le monde ." Mais cette méthode a suscité la réaction du parti Tavini Huiraatira. Dans un communiqué, le mouvement dénonce une pollution des eaux et les risques pour la faune marine, tout en critiquant l’État français pour avoir utilisé les eaux polynésiennes comme un "déversoir ", sans consulter les autorités locales ni réaliser d’étude d’impact environnemental.
(…). "Notre océan n’est pas une poubelle. La souveraineté ne s’arrête pas aux limites de la terre ferme", conclut le communiqué, soulignant que Papeete, et non Paris, doit décider de ce qui se passe dans les eaux polynésiennes.

11,5 tonnes de cocaïne interceptées en Polynésie : le Tavini Huiraatira critique la méthode de destruction (Polynésie 1ère)

# Vigilance face à ces images qui prétendent montrer des militaires de la marine nationale jeter de la cocaïne dans l’eau d’un lagon, à proximité immédiate des côtes du fenua.
Dans un communiqué publié vendredi 20 février, l’institution affirme qu’il s’agit d’une image générée par intelligence artificielle. "Cette illustration est une fausse photo. Tous les éléments qui la composent sont mensongers et uniquement destinés à la désinformation", précise le communiqué, dénonçant une manipulation numérique. Le Haut-commissaire de la République condamne fermement la création et la diffusion de contenus visuels trompeurs, qui contredisent les communications officielles menées en toute transparence concernant les récentes saisies de cocaïne en mer. La lutte contre le trafic de stupéfiants demeure, selon les autorités, une priorité absolue nécessitant une mobilisation collective.
(…). Alexandre Rochatte, Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, se réserve le droit de déposer plainte sur le fondement de l’article 27 de la loi du 29 juillet 1881, pour "publication, diffusion ou reproduction de mauvaise foi de fausses nouvelles ou de pièces fabriquées ou modifiées en vue de troubler la paix publique".

Image IA de militaires jetant de la cocaïne dans le lagon : les autorités alertent (Tahiti Infos)

Le Haut-commissariat a menacé de porter plainte contre le Tavini après la publication d’une photo générée par IA montrant la marine nationale déverser des sacs de cocaďne sur un récif près des côtes. Le parti indépendantiste a utilisé le visuel pour faire état d’inquiétudes environnementales sur la destruction de la drogue en mer, mais surtout pour réaffirmer son combat pour la souveraineté : « Il est temps que Papeete, et non Paris, décide de ce qui se passe dans nos eaux ». L’État, en réponse, rappelle que la poudre saisie ces dernières semaines a été immergée hors de la ZEE, par plusieurs centaines de mètres de fond, oů elle a été « diluée dans des milliards de mètres cubes d’eau et brassée par les courants ».
(…) Cette fausse photo fait référence à la destruction en mer des 11,5 tonnes de cocaïne retrouvées à bord de navires étrangers arraisonnés par les forces armées de Polynésie française depuis le début de l’année.
Pour le Tavini, qui fait au passage écho à la prise de parole d’une scientifique dans la presse australienne, aucun doute : « les courants propagent ces énormes quantités de drogues dures, qui peuvent affecter la faune marine ». Rappelant que la ZEE constitue « une des plus grandes aires marines protégées au monde », le parti bleu ciel parle de « décisions aux conséquences potentiellement désastreuses pour notre environnement ». Des décisions « prises sans notre accord ».
Car au delà de l’inquiétude environnementale, c’est bien sûr des questions de souveraineté que le mouvement d’Oscar Temaru, favorable à l’exploitation des ressources marines profondes, veut débattre. « L’État français dispose librement de notre océan comme d’un déversoir, sans consulter les autorités polynésiennes, sans étude d’impact environnemental préalable, sans aucune obligation de rendre compte au peuple polynésien, qui vit de et avec cet océan depuis des millénaires », lit-on dans cette publication très commentée.
(…) Devant le succès de la publication, partagée plus de 500 fois sur Facebook, le Haut-commissariat s’est fendu d’un communiqué ce vendredi. Avant tout pour dénoncer la « Fake News » de l’illustration, postée sans mention de sa création par IA.
(…). Deux jours après une grande opération de communication sur la lutte contre le narcotrafic en haute mer, l’institution réitère sa réponse aux Polynésiens inquiets pour l’environnement : les 11,5 tonnes de drogue n’ont pas été immergées au même endroit, « en pleine mer et hors de la ZEE », « loin des zones de pêche et des aires marines protégées, et sans les plastiques et autres emballages des ballots de drogue ».

IA, souveraineté et menace de procès : le débat s’envenime autour de la cocaïne (Radio 1)

Une photo générée par l’IA publiée par le Tavini Huiraatira sur sa page Facebook montrant de la cocaïne déversée en plein lagon a soulevé un tollé sur les réseaux. Alors que le haut-commissaire tient à rassurer la population, le Tavini Huiraatira de son côté brandit le traité BBNJ sur la protection de l’environnement en haute mer.
L’image en a surpris plus d'un : des tonnes de cocaïne déversées dans un lagon idyllique, suivie d’un commentaire pointant du doigt l’Etat. Le problème est que cette photo est fake, un pur produit de l'intelligence artificielle. Le post publié par le Tavini Huiraatira sur sa page Facebook a déclenché une tempête d'indignations, à commencer par le haut-commissariat.
Winiki Sage, président de la fédération des associations de protection de l'environnement, s'est dit "étonné de cette méthode mais apparemment c'est un mode opératoire qui existe à l'international".
Dans les faits, 11 tonnes et demie de cocaïne qui avaient été saisies ont été détruites en pleine mer par l’Etat sous couvert de la loi 96-359 adaptée à la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants. Une procédure pour éviter tout risque de récupération.
(…). Le traité BBNJ (ou accord des Nations unies sur la haute mer, ndlr) associe l'ensemble des pays souverains du monde, y compris la France, au respect de la protection de la biosphère en mer...que ce soit en droit interne ou externe, l'Etat a failli à son comportement, parce que l'Etat doit assurer l'application de la loi", soutient Antony Géros, maire indépendantiste sortant de Paea et président de l’Assemblée de la Polynésie française. Sauf qu’à ce jour aucun article du BBNJ n’interdit la destruction de stupéfiants en mer. Quoiqu’il en soit, selon une étude réalisée au Brésil par l’institut scientifique Oswaldo Cruz, 13 requins aiguilles ont été testés positifs à la cocaïne. Les concentrations provenaient principalement des eaux usées urbaines continues, mais pas d’un déversement massif ponctuel en haute mer.

Fake de la cocaïne déversée dans le lagon : l'Etat explique et rassure, le Tavini brandit un traité international (Polynésie 1ère)

Pour info : L’Accord se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (dit « Accord BBNJ ») a été adopté le 19 juin 2023 par la Conférence intergouvernementale sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale réunie sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies, et est entré en vigueur le 17 janvier 2026. Il s'agit du troisième accord de mise en œuvre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Accord BBNJ (www.un.org)

Dans le communiqué qui suit, le haut-commissariat de la République en Polynésie française condamne vivement la tentative de manipulation des esprits orchestrée par le parti indépendantiste polynésien, le Tavini huiraatira, s’agissant de l’immersion en haute-mer de plusieurs tonnes de cocaïne saisies quelques jours plus tôt.

Le Tavini huiraatira pris en flagrant délit de « manipulation numérique » (Tahiti News) source: État